M6 : 1810 : L’Arc de Triomphe de l’Etoile


La place a été créée vers 1670 en haut de la colline du Roule. En 1730, elle prend le nom de place de l’Etoile. « Afin que le chemin fût d'une égale pente depuis la place Louis XV jusqu'au pont de Neuilly », l'aplanissement est effectué par Jean-Rodolphe Perronet de 1768 à 1774 en employant tous les « pauvres valides » de Paris. La butte est abaissée de 5 mètres et les terres enlevées employées à remblayer les Champs-Élysées. On pense alors à ériger un obélisque en son centre.

Il y aura d’autres projets, un éléphant et un cadran solaire par exemple.

A l’époque de l’Empire, cinq voies rayonnent à partir de la place de l’Etoile : la route de Paris à Neuilly (l’avenue de la Grande Armée), les deux chemins de ronde du mur d’octroi, (les avenues Kléber et Wagram), le chemin de Suresnes (future avenue d’Eylau puis avenue Victor Hugo) et les Champs-Elysées. Les autres avenues « napoléoniennes » datent de son petit-neveu en 1857 : de la Reine-Hortense (Hoche), de Friedland, du Roi-Jérôme (Mac-Mahon), d’Essling (Carnot), d’Iéna et Joséphine (Marceau) 

« Vous ne rentrerez dans vos foyers que sous des arcs de triomphe » déclare Napoléon à ses soldats au lendemain d’Austerlitz. Le décret du 18 février 1806 donne l’ordre de la construction de cet arc de triomphe consacré à perpétuer le souvenir des victoires des armées françaises. Son projet initial est d'ériger le monument « à l’entrée des boulevards, près du lieu où était la Bastille, de manière qu’en entrant dans le faubourg Saint-Antoine on passe sous cet arc de triomphe ». Il veut ainsi en faire le point de départ d'une avenue triomphale traversant notamment le Louvre et la place de la Bastille.

Rome, Arc de triomphe de Titus (CC BY-SA 4.0)


Deux architectes sont pressentis : Chalgrin et Jean-Arnaud Raymond. Leur collaboration s’avère impossible et c’est finalement Chalgrin qui est retenu. Comme pour l’arc de triomphe du Carrousel, la source d’inspiration se trouve à Rome. Chalgrin s’inspire des arcs de Titus et de Janus (sans colonnes).


La première pierre est posée le 15 août 1806. Qualité médiocre du terrain oblige, deux ans sont nécessaires pour poser les fondations, à 8 mètres de profondeur, dans un sol reconstitué sur une surface d’un tiers plus grande que celle de l’arc.

En 1810, les quatre piles s'élèvent à environ un mètre au-dessus du sol ; c’est bien peu à la veille de ce grand jour que va être le 1er avril de cette année, date du mariage civil de Napoléon et Marie-Louise d’Autriche et, par conséquent, de l’entrée solennelle de la nouvelle Impératrice dans Paris. Napoléon tient à ce que le cortège passe sous l’arc de triomphe, il demande donc à Chalgrin de construire la maquette grandeur nature. Ladite maquette de bois, de toile et de stuc fait un effet saisissant et reste en place des années durant.

Bien que Chalgrin et son confrère Raymond meurent subitement l’année suivante, à quelques jours d’intervalle, les travaux continuent tant bien que mal dans le contexte des déboires militaires de l’empereur en Russie, à Leipzig puis lors de la campagne de France. Les travaux s’interrompent avec l’arrivée des Bourbons en 1814. Louis XVIII n’ordonnera la reprise des travaux qu’en 1823, avec des frises consacrées aux succès de la guerre d’Espagne.

Les travaux n’avancent guère ; les Parisiens raillent « l’unique maçon de l’Arc de Triomphe ». Louis-Philippe hérite du chantier mais abandonne l’évocation de la guerre d’Espagne et, avec son habituel souci de réconciliation, mêle l’hommage à l’armée impériale à celui dû aux armées de la Révolution. Avec Thiers, il choisit les thèmes et les sculpteurs des frises et bas-reliefs : Le départ des Volontaires (La Marseillaise), de François Rude, Le Triomphe de Napoléon de Jean-Pierre Cortot, la grande frise du sommet : Le Départ des Armées et Le Retour des Armées à la gloire de la Nation, etc.

En février 1836, on grave les noms des généraux et des batailles de l’Empire ; l’établissement de la liste est laborieux.

L'arc de triomphe de l'Étoile est enfin inauguré le 29 juillet 1836.

Il n’y manque qu’une chose, le groupe sculpté qui devait le couronner. Plusieurs projets ont pourtant été imaginés ; une maquette de quadrige conçue par Falguière y sera installée pendant quelques années.

Sources :

Wikipedia

Jacques Hillairet : Dictionnaire historique des rues de Paris (Ed. de Minuit)

La condition ouvrière sous le Consulat et l’Empire

Les ouvriers ont accepté l’évolution de la République vers le Consulat puis l’Empire. Si leur condition matérielle s’est améliorée par l’augmentation des salaires, leur statut juridique s’est dégradé dans cette société bâtie pour les notables : l’obligation du livret les met sous la dépendance des employeurs ; ils sont l’objet des fiches de suivi de la police et l’interdiction des coalitions les empêche de s’organiser.

Cependant, les grèves sont nombreuses, en particulier sur les chantiers parisiens : grève des tailleurs de pierre au Louvre, sur le chantier de l’Arc de Triomphe de l’Etoile après un accident de travail (qui sont fréquents, ainsi que les suicides).

Autre constat, bien que l’espérance de vie n’excède pas 50 ans, les ouvriers sont plutôt âgés ; la succession des conflits et les conscriptions qui en découlent provoquent, en effet, de grandes ponctions dans les classes les plus jeunes (ce dont s’étonne Napoléon visitant un chantier en 1813 !).   

D’après Jean Tulard – Napoléon (ed. Fayard)